TRIBUNE – Pénuries d’électricité : s’attaquer aux racines du problème

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La situation énergétique du Mali est catastrophique. Les délestages se sont encore multipliés ces dernières semaines, mais le mal est beaucoup plus profond. Il faut regarder la réalité en face : l’approvisionnement électrique du Mali est structurellement déficitaire depuis de très nombreuses années… et la situation va continuer à se dégrader si nous ne prenons pas des décisions fortes et radicales. Il faut une nouvelle donne énergétique au Mali.

Pénuries d’électricité au Mali : des raisons structurelles

Ne soufflons pas sur les braises du mécontentement par opportunisme. Les délestages ne sont pas chose nouvelle au Mali et le gouvernement actuel a hérité d’une situation déjà intenable.

Pour comprendre comment le pays en est arrivé là, il faut commencer par rappeler que la production annuelle d’EDM s’élève à un peu moins d’un gigawatt. Plus des deux-tiers de cette production sont générés par des centrales thermiques à fioul et le Mali, pays enclavé, doit importer la totalité du pétrole nécessaire pour la production d’électricité par des centrales thermiques qui sont largement obsolètes, à l’image du réseau de distribution national.

L’ensemble de notre réseau aurait dû être amélioré, modernisé, entretenu et remplacé au fil des années. Mais depuis des décennies, cela n’a pas été correctement fait avec des conséquences catastrophiques pour les Maliens : la production est insuffisante et les déperditions d’électricité énormes tout au long du réseau de distribution (environ 20% de la centrale aux particuliers).

Le réseau électrique malien, comme celui d’autres pays de la sous-région a été conçu après la seconde guerre sur le modèle du réseau français. Or ce qui fonctionne en Europe, continent relativement petit et densément peuplé, est une aberration dans un pays vaste et partiellement désertique comme le Mali. Un modèle de réseau centralisé et uniforme est absurde et archaïque pour répondre aux besoins énergétiques du Mali de 2023.

Conscient de cette problématique, le gouvernement tente depuis quelques années de bâtir un réseau décentralisé mais les moyens mis en œuvre ne sont pas à la hauteur des enjeux et des besoins. Malgré la création de l’AMADER (Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et d’électrification rurale) qui fait un travail remarquable en dépit de ses faibles moyens pour décentraliser le réseau électrique et pour l’électrification rurale, cela fait des décennies que les gouvernements qui se sont succédés n’ont fait que repousser le problème de la modernisation et du remplacement du parc électrique malien. Ils se sont contentés de mettre des rustines à chaque fois que la situation empirait. Les Maliens en paient aujourd’hui le prix fort.

Nous savons tous qu’atteindre la souveraineté énergétique est vital pour assurer un développement durable à notre pays. Sans investissement et sans vision, il est impossible d’y parvenir. L’industrialisation croissante de notre pays nécessite plus d’électricité. L’énergie est la clé du développement et pour préparer un meilleur avenir pour les générations futures nous devons atteindre la souveraineté énergétique.

La situation énergétique actuelle du Mali est devenue incroyablement surréaliste. L’EDM perd de l’argent à chaque kilowatt qu’elle produit. Le prix payé de l’électricité par le consommateur ne couvre pas les coûts de production et de maintenance du réseau. C’est totalement absurde ! Aucune entreprise, privée ou publique, ne peut fonctionner sur un modèle économique où les déficits s’accroissent à mesure que le chiffre d’affaires progresse, sans compter une dette de 674 milliards de Fcfa en 2022. Cette situation ne peut pas durer.

Pourquoi de tels déficits dans la gestion de l’électricité au Mali ? Pour les raisons évoquées plus haut : la dépendance aux ressources extérieures (les cours du pétrole ont fortement augmenté ces dernières années), les outils de production et le réseau obsolètes qui font grimper les coûts de production. En travaillant conjointement sur ces deux dimensions on pourra voir les comptes d’EDM repasser à l’équilibre sans que le prix de la facture électrique n’augmente pour les Maliens. Mais cela ne sera hélas ni facile ni rapide.

Comment régler le problème des délestages et bâtir un réseau électrique digne du XXIe siècle

La plus grande centrale photovoltaïque du monde se trouve au Maroc, près de Ouarzazate. Elle produit chaque année 570 mégawatts d’électricité, soit quasiment la part produite au Mali par les centrales thermiques à fioul. Une méga-centrale de ce type ne serait pas nécessairement une solution viable pour le Mali, mais cela donne une idée du potentiel gigantesque de l’énergie solaire dans la bande sahélienne de notre pays. Nous avons de l’or au-dessus de nos têtes ! Et ce n’est pas tout : entre l’énergie éolienne et les potentialités de l’hydrogène, le Mali a tous les atouts pour développer la diversité de son approvisionnement énergétique et devenir une véritable puissance des énergies propres.

Nous devons faire évoluer notre mix énergétique vers le solaire, l’éolien (et dans une moindre mesure l’hydroélectrique dont le potentiel au Mali est estimé à 1150 mégawatts) parce qu’il s’agit aujourd’hui des solutions les plus compétitives pour un pays comme le Mali. Des solutions qui permettent en outre de décentraliser notre réseau en fonction des besoins et au service des communautés les plus reculées. Car la vision électrique que je porte ne se limite pas à régler les problèmes hérités du passé, mais à chercher à électrifier des zones aujourd’hui inaccessibles (10 millions de Maliens n’ont toujours pas accès à l’électricité en 2023).

Il faut donc impérativement sortir d’une vision centralisée avec de grosses centrales thermiques. Il faut de l’agilité pour concevoir un réseau électrique performant et hybride, mêlant énergie thermique et renouvelable en multipliant les unités de production de dernière génération et en mettant enfin en place un réseau de distribution modernisé limitant les déperditions.

Le Mali doit produire plus d’énergie et moins cher. Ce n’est pas une utopie, c’est totalement réalisable.

Comment et sans gaspillage financer la remise à neuf d’un réseau électrique qui a plus de soixante ans ? C’est un big bang de notre réseau électrique que je propose, et il doit s’appuyer sur des investissements massifs. Bien sûr le gouvernement doit assumer sa part de cet investissement majeur pour l’avenir du pays, et il peut aussi compter sur le soutien des bailleurs internationaux qui sont pleinement conscients de la nécessité de moderniser le réseau électrique malien. Mais je compte surtout sur des acteurs internationaux du secteur privé pour financer et mettre en œuvre ces investissements.

Il faut être pragmatique et libéraliser partiellement le réseau électrique malien dans le cadre de partenariats publics-privés. Cela permettra de dégager les fonds indispensables pour les investissements structurels trop longtemps reportés et nous bénéficierons du savoir-faire des groupes internationaux du secteur de la production et de la distribution électrique. Tout en garantissant au gouvernement malien le contrôle stratégique de notre réseau électrique.

Pour rendre cette nouvelle donne possible, le gouvernement doit actualiser et renforcer les cadres légaux et réglementaires pour offrir de la visibilité, de la transparence et de la sécurité aux investisseurs (notamment en termes tarifaires). En prenant ces mesures et en acceptant une libéralisation partielle du secteur de l’électricité, de grands groupes experts en la matière pourront apporter leurs capitaux et leur expertise dans le processus de modernisation du réseau électrique malien.

Fin des délestages, électrification, hydrogène : une vision pour le Mali

Ce projet de modernisation des réseaux de production et de distribution de l’électricité s’inscrit pleinement dans le « Plan Marshall » pour le Mali que je défends depuis plusieurs années. La situation de notre pays est telle qu’il faut un électrochoc d’investissements dans les infrastructures pour faire repartir l’économie et redonner de l’espoir et des perspectives à notre jeunesse. En associant nos partenaires internationaux et le secteur privé comme jamais dans l’histoire de notre pays, nous pouvons soulever des montagnes et changer le futur de notre beau Mali.

Les problématiques d’approvisionnement en électricité sont complexes et ne peuvent pas être résolues d’un coup de baguette magique. Je ne suis pas un démagogue et je ne fais pas des promesses en l’air. Il faudra beaucoup de temps et de travail pour renverser la vapeur et remettre à niveau notre réseau électrique. L’objectif zéro délestage peut être atteint. Nous savons comment y parvenir avec notre expertise et nous sommes prêts à y contribuer. Après l’atteinte de cet objectif prioritaire, le Mali peut même être exportateur d’électricité et de vecteurs de stockage d’énergie que ce soit vers la sous-région ou vers l’Europe.

Encore une fois, je veux insister sur le potentiel énorme de notre pays et sur nos forces plutôt que de m’apitoyer sur nos difficultés. Nous sommes au cœur de la meilleure zone d’ensoleillement de la planète. Certaines régions du Mali disposent aussi de potentiels éoliens immenses. Ce sont des atouts très largement sous-exploités. Quel dommage !

Je suis personnellement engagé dans un projet innovant dont les potentialités sont désormais reconnues dans le monde entier : l’hydrogène naturel et vert.

C’est au Mali, grâce aux travaux de ma société Hydroma à Bourakébougou, que l’électricité a été produite pour la première fois au Monde avec l’Hydrogène naturel. Nous sommes les pionniers de cette nouvelle énergie renouvelable que toutes les grandes puissances convoitent aujourd’hui. Quand le New York Times, CNN, Forbes et Der Spiegel présentent cette énergie propre du futur comme « le nouveau pétrole », ils précisent que cette révolution a commencé par les travaux et les efforts d’un entrepreneur malien qui a ouvert la voie pour toute l’humanité par l’utilisation d’une nouvelle source d’énergie décarbonnée, à travers sa société canadienne Hydroma Inc.

Ce n’est pas tout: ma société, depuis trois ans, a initié et financé une thèse de doctorat sur l’hydrogène naturel. En plus de nos travaux sur le site, nous faisons également la recherche sur le plan académique pour faire évoluer les connaissances scientifiques sur la genèse, la migration et les réservoirs de cette nouvelle source d’énergie pour la réussite de la transition énergétique.

Entre l’hydrogène naturel et l’hydrogène vert que nous pourrons également produire au Mali et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, nous serons bientôt en mesure d’enrichir l’offre énergétique de notre pays, d’assurer son indépendance énergétique et même de devenir un pays exportateur d’énergie.

Notre initiative de West African Big Green Deal est une vision d’avenir permettant à nos pays d’atteindre l’objectif de l’électricité pour tous sans délestage ni coupures intempestives.

Le Maliba a tous les atouts pour atteindre sa souveraineté énergétique et donc promouvoir un essor économique pour le bien être de sa population.

Source : Alou Badra Diallo

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