PHONETIQUE-PHONOLOGIE DES LANGUES BERBERES : UNE ETUDE COMPARATIVE DU TARIFIT ET DU TAWILLIMIDT

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Alou AG AGOUZOUM

Institut de Pédagogie Universitaire (IPU)

Laboratoire Pédagogie-Didactique-Société et Discours (LaPDSoDi)

alouagagouzoum.ipu@yahoo.com

Résumé

Ce travail examine les aspects phonétiques et phonologiques du tarifit et de la tawillimdt. L’objectif est d’analyser les similitudes et les différences phonétiques de ces parlers berbères, tout en identifiant les caractéristiques distinctives de leur phonologie. La méthodologie s’appuie sur des principes phonétiques et phonologiques intégrant des comparaisons contextuelles et morphologiques. Les résultats obtenus ont des implications pour la préservation, l’enseignement et la revitalisation des langues berbères.

Mots clés : Berbère, rifain, tawillimidt, phonétique-phonologie, Mali.

Abstract

This work examines the phonetic and phonological aspects of tariffit and tawillimdt. The objective is to analyze the phonetic similarities and differences of these Berber languages, while identifying the distinctive characteristics of their phonology. The methodology is based on phonetic and phonological principles integrating contextual and morphological comparisons. The results obtained have implications for the preservation, teaching and revitalization of Berber languages.

Key words: Berbèr, rifain, tawillimidt, phonetics-phonology, Mali.

Introduction

Le terme “rifain” ou sa variante néologique berbère “tarifit” (Lafkioui, 2017 : 6916-6956) est employé ici pour désigner le dialecte du “Rif”. Pour le parler du berbère sud, la terminologie adoptée est “tawillimidt”, telle qu’utilisée par les locuteurs pour décrire leur dialecte propre. L’usage du déterminant féminin “la” fait référence au morphème féminin “t”, pré et postposé au terme “awillimid”.

Le terme “berbère” est employé pour englober la totalité des parlers berbères. Il est important de souligner que le terme “berbère sud” est utilisé de manière synonyme avec “touareg” ou “tamasheq”. De même, les concepts de “dialecte” et “parler” sont employés de manière interchangeable pour désigner la même réalité linguistique. Pour faire référence au peuple, l’ethnonyme “Touareg” ou “Kel tamasheq” est privilégié.

L’approche adoptée se focalise sur des aspects phonétiques phonologiques, en s’appuyant sur la comparaison des formes attestées dans une perspective synchronique. L’objectif est d’analyser les similitudes et les différences dans les systèmes phonétiques et phonologiques des deux dialectes. Cette démarche revêt un intérêt particulier car elle permet de comprendre comment les sons sont produits, organisés et utilisés dans ces parlers qui, bien qu’éloignés géographiquement, partagent de nombreuses similarités linguistiques.

L’hypothèse de cette recherche suggère qu’en dépit de la distance géographique séparant le rifain et la tawillimidt, ainsi que des évolutions linguistiques diachroniques qui ont influencé ces dialectes, une convergence linguistique significative persiste entre eux.

L’analyse se concentre sur les systèmes vocaliques et consonantiques en mettant l’accent les processus phonologiques tels que l’allongement vocalique, l’assimilation, l’emphase, la gémination et la spirantisation, selon la spécificité de chaque dialecte. Cela permet d’avoir une meilleure compréhension de la diversité du berbère et de la complexité de ses variantes linguistiques.

Après avoir situé les langues berbères dans leur contexte historique, géographique et linguistique, je présente les systèmes vocalique et consonantique propres à ces deux parlers. J’examine ainsi les traits phonétiques distinctifs, notamment les voyelles, les consonnes et leurs variantes allophoniques, avant d’aborder les phénomènes phonologiques spécifiques au tarifit et à la tawillimidt. Enfin, je résume les résultats et les conclusions, en insistant sur l’importance de l’étude phonétique  phonologique pour comprendre les langues et leur évolution.

  1. Le contexte historique, géographique et linguistique

La tawillimidt est un dialecte parlé par les Touaregs iwillimidan, qui formaient à l’origine une entité sociale unique résidant dans l’Azawaq (unancien affluent du fleuve Niger, sur sa rive gauche), à cheval sur les territoires du Niger et du Mali, jusqu’à la fin du XVIIè siècle (Ag Agouzoum et al, 2023 : 55 -68). Cependant, à partir du XVIIIèsiècle et au début du XIXè siècle, les Iwillimidan se sont scindés en deux confédérations majeures à la suite d’un conflit fratricide. en position finale dans un mot. Dans de tels contextes, ces consonnes subissent une mutation et adoptent les traits des fricatives correspondantes /f, s, x/. En revanche, les résultats obtenus ne permettent pas de déterminer de manière claire si la spirantisation a été présente en diachronie dans la tawillimidt pour les mêmes consonnes, ce qui nécessite une recherche plus approfondie. Dans tous les cas, il est évident que la spirantisation constitue une particularité phonétique distinctive du tarifit, le distinguant de certaines autres variétés berbères, telles que la tawillimidt qui n’a pas recours, en synchronie, à ce phénomène. Les résultats obtenus indiquent que les différences phonétiques entre le tarifit et la tawillimidt peuvent être expliquées par l’évolution historique des deux dialectes et les influences linguistiques qu’ils ont subies.

La géminantion

La gémination modifie considérablement la prononciation, la signification et confère une valeur distinctive aux lexèmes dans les deux parlers. Cela a été suffisamment démontré par les exemples utilisés comme argumentaire (voir la section 2.2.1.).

La distribution entre [l] et [r]

La tawillimidt se caractérise par l’absence totale de distribution complémentaire entre [l] et [r], même dans une distribution restreinte. Par conséquent, le lexème “elam” (peau) ne peut jamais être prononcé comme eram en tawillimidt.

En guise de Conclusion

À l’issue de l’étude, des similarités sont constatées entre ces deux dialectes. Les divergences observées semblent en grande partie résulter de variations diachroniques qui se sont manifestées au fil du temps. Néanmoins, ces variations ont un impact significatif, rendant parfois complexe l’intercompréhension. Il est à noter que, au sein du vaste groupe rifain, différentes variétés régionales présentent des particularités phonétiques et morphologiques. Cette affinité linguistique est également influencée par la géographie de la région, facilitant des échanges linguistiques et culturels constants entre les populations.

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